• L'heure de silence qui fait du bruit

    Sur la place centrale de Toulouse, des citoyens se joignent aux frères franciscains en robe de bure et se recueillent en silence pour souligner leur opposition aux traitements infligés aux immigrants illégaux en France et en Europe.

    Comme ils le font une fois par mois depuis près d'un an, des frères franciscains se sont réunis mardi soir sur la place centrale de Toulouse pour former, pendant une heure, un «cercle de silence».



    Encore une fois, des centaines de citoyens ordinaires se sont joints aux religieux en robe de bure, demeurant recueillis sans mot dire, pour souligner leur opposition à la manière dont les immigrants illégaux sont traités en France et en Europe.

    «Nous voulions ajouter notre cri aux cris des gens qui défendent les sans-papiers. Mais le faire de façon un peu différente», a expliqué en entrevue téléphonique à La Presse le frère Alain, l'un des instigateurs du mouvement.

    Les religieux dénoncent notamment l'existence, en banlieue de Toulouse, d'un centre de rétention ayant les apparences d'un «véritable camp retranché» où sont détenus des centaines d'immigrants illégaux «pour le seul fait d'être entrés en France pour vivre mieux ou pour sauver leur vie».

    Plusieurs personnes de la région ignorent tout de cet établissement, soulignent les frères, qui visent à informer leurs concitoyens de la situation tout en les amenant à questionner leur propre rapport aux immigrants.

    Leur action sur la place publique a suscité des réactions très vives, souligne le frère Frédéric-Marie, qui participe aussi au mouvement. Il dit avoir reçu plusieurs courriels agressifs témoignant «d'une méconnaissance complète» de la vie des sans-papiers.

    Politique répressive

    D'autres personnes se montrent profondément touchées par la démarche. «Un homme a dit à l'un des frères que la religion était néfaste pour l'humanité. Mais qu'il nous levait son chapeau par rapport à ce que nous faisions pour les immigrants illégaux», relate le religieux de 34 ans.

    La démarche des frères franciscains a inspiré la création de dizaines d'autres cercles de silence en France. Elle trouve une résonance particulière cette semaine en raison d'un incendie survenu dimanche dans un centre de rétention situé à Vincennes, en région parisienne.

    Des immigrants illégaux ont mis le feu volontairement au bâtiment lors d'émeutes suivant la mort, samedi, d'un Tunisien de 41 ans en voie d'être expulsé. Une vingtaine de personnes ont été hospitalisées après avoir été incommodées par la fumée.

    Un porte-parole de l'UMP, formation au pouvoir, a accusé les organisations de défense des immigrants illégaux d'encourager ce type de révolte par leurs «provocations».

    Le Réseau Éducation sans frontières (RESF), un collectif agissant en faveur des immigrants illégaux, a déclaré de son côté que les émeutes reflétaient «l'échec» de la politique répressive suivie par le gouvernement.

    Désobéissance civile

    Le père Frédéric-Marie estime que la «surenchère» d'accusations lancées de part et d'autre ne favorise pas la recherche de solutions.

    Les cercles de silence, dit-il, peuvent jouer un rôle bénéfique puisqu'ils encouragent la prise de conscience individuelle et «facilitent l'écoute de la parole de l'autre».

    L'exercice, ajoute le père Alain, pourrait amener certaines personnes à défier la loi pour venir en aide aux sans papiers. Des membres de RESF ont déjà été ciblés par les autorités pour avoir voulu dissimuler des enfants menacés d'expulsion.

    «Certaines pratiques ont un poids légal, mais elles ne sont pas pour autant morales. Il y a peut-être des gens qui vont être amenés à avoir un comportement de désobéissance civile. Ou plutôt d'obéissance à leur conscience», dit le religieux de 83 ans, qui presse le gouvernement de rectifier le tir en matière d'immigration.

    Dans l'intervalle, les franciscains de Toulouse continueront de former leur cercle de silence.

    «Certains chrétiens nous disent que nous ne sommes pas à notre place dans la rue. Mais c'est tout à fait notre place, conclut le frère Alain. Depuis le premier jour de l'Évangile.»


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